Mardi 24 novembre 2009
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15:40
"Bien couvert, je montai sur le pont. Le capricieux hiver
austral m'offrait une nuit incomparable. Les milliers d'étoiles paraissaient à portée de main et la vision de la Croix du sud indiquant les confins polaires me remplit d'une émotion dont la force
et la conviction m'étaient inconnues. Je sentis enfin que j'étais, moi aussi, de quelque part. Je sentais enfin un appel plus impérieux que l'invitation de la tribu, celle que l'on entend ou que
l'on croit entendre, ou que l'on s'invente comme un palliatif à la solitude. Sur cette mer sereine mais jamais calmée, sur cette bête silencieuse qui bandait ses muscles en se préparant pour
l'étreinte polaire, sous les milliers d'étoile de l'éphémère et fragile existence humaine, je sus enfin que j'étais de là et que, quoi que je fasse, je porterais toujours en moi les éléments de
cette paix terrible et violente, annonciatrice de tous les miracles et de toutes les catastrophes.
Cette nuit-là, assis sur le pont du
Finisterre, je pleurai sans m'en rendre compte, et ce n'était pas à cause de ce qui était arrivé aux baleines.
Je pleurai parce que j'étais de retour chez
moi."